Construite entre la seconde moitié du XIe , date de sa première mention dans les sources, et le XIIe siècles, l’église Saint-Sauveur est située sur les hauteurs de l’île, dans un bourg qui fut longtemps son cœur politique et spirituel. De l’église médiévale, construite selon un plan en croix latine, ne subsistent que le chœur, la croisée et le bras Sud du transept.
Depuis le début de l'année 2013 est conduite, sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de I'lle d'Yeu et la maîtrise d'oeuvre de Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments historiques, une restauration complète de l'église Saint-Sauveur, classée au titre des Monuments historiques en 1906. À l'occasion du piquetage des enduits a été mis au jour, dans l'absidiole sud, un ensemble important de peintures murales. Les travaux ont alors été arrêtés dans cette zone et une étude avec sondages a été commandée à l'atelier de restauration ARCOA, qui est venue confirmer l'importance du décor présent sur la voûte, mais également dans le chœur.
Les sondages ont révélé, dans le chœur et l'abside, sous plusieurs couches de badigeon et d'enduit, la présence de décors que l'on croyait disparus. Dans le cul de four, deux campagnes sont superposées représentant chacune un Christ en Majesté dans une mandorle. Malgré la présence de trous de piquetage rendant la lecture difficile, la qualité graphique du plus ancien. peint à fresque et datant du XII siècle, est à souligner, tout comme la richesse des pigments utilisés, en particulier un bleu profond trouvé à plusieurs reprises, que des analyses complémentaires désignent comme du lapis-lazzuli, démontrant le grand soin apporté à ce décor.
Une seconde Majestas domini (Le Christ en gloire ,Christ en Majesté) , peinte sur une couche préparatoire de laitance est venue, au XIII siècle, recouvrir ce premier décor. Si les sondages ne sont pas suffisants pour décrire le décor qui entoure la figure centrale, un devis de 1859 nous permet d'affirmer qu'il s'agit d'un tétramorphe. formant un ensemble iconographique courant à cette époque Dans le fond de l'abside centrale, on a trouvé sous une gloire faite dans un temps postérieur, un dessin représentant, au milieu d'un ovale, Jésus-Christ. En dehors de l'ovale, du côté de l'Evangile, saint Jean l'Évangéliste et, du côté opposé, un aigle avec cette inscription. Transfiguration. L'ovale était dessiné en teinte rouge et jaune et l'auréole de Jésus-Christ était en jaune.
Si aucun décor n'est conservé dans le tiers inférieur du cul de four. plusieurs couches picturales ont été repérées sur la voûte du chœur. Un premier décor, antérieur au premier Christ en Majesté et donc décor le plus ancien subsistant est difficilement identifiable car il est très fragmentaire. En revanche, les deux ensembles postérieurs sont parfaitement lisibles et couvrent une partie importante de la voûte, particulièrement du côté sud. Contemporain de la seconde Majestas domini du cul de four, un décor de faux appareillage jaune et rouge orné de rinceaux foncés et de fleurs à cinq pétales, sur un badigeon couleur ivoire est recouvert par un second décor ornemental, plus libre, à fleurs et rinceaux, mais sans faux joints.
Si les décors mis au jour dans l'abside sont solides et adhérents, les ensembles ornementaux du chœur présentent quelques altérations dues à des infiltrations d'eau. Aucun décor n'a été conservé sur les élévations et les ébrasements des baies, où les sondages n'ont révélé qu'un enduit au ciment, appliqué lors des travaux menés en 1954-1955.
Les sondages dans le chœur
Dans l'absidiole sud. appelée au XIX siècle abside Saint-Nicolas, la découverte fortuite réalisée pendant le chantier de restauration a conduit à la mise au jour d'une partie des peintures murales recouvrant le côté sud de la voûte. L'étude a mis en évidence une stratigraphie très complexe laissant apparaître trois décors superposés. Le plus ancien, à faux joints avec rinceaux noirs et fleurettes, renvoie à une des strates découvertes dans le chœur, laissant donc penser qu'au XIII siècle l'église était entièrement ornée d'un décor d'architecture feinte.
Venant recouvrir cette première couche, les restaurateurs ont mis en évidence deux très intéressantes strates historiées, dont il est difficile, dans l'état actuel du dégagement, de déterminer précisément l'iconographie. Le décor intermédiaire est constitué d'une architecture élaborée, sur fond jaune et ocre, dont l'élément central semble être un grand arc trilobé orné de légers rinceaux en rehaut blanc sur fond foncé, flanqué de pinacles jaunes soulignés au trait noir. Appartient à ce décor un visage, très finement dessiné, dont les yeux en amande et les boucles fines des cheveux sont à remarquer. Si la stratigraphie nous permet de lier sans doute possible ces éléments, il est pour l'instant difficile d'en déterminer précisément l'iconographie, l'échelle du personnage par rapport aux architectures et son positionnement suscitant des questions.
Une seconde scène vient se superposer à cet ensemble. La partie mise au jour laisse apparaitre trois personnages, un homme aux cheveux blonds et deux femmes, en position d'orants, tournés vers l'est et le fond de l'absidiole. L'arrière-plan de ce décor est difficile à déterminer. Seul un élément vertical apparait pour l'instant (architecture! végétation).
Les décors des élévations ont disparut dans les années 1950. Seuls sont connus. grâce à des relevés, des décors ornementaux rouge, jaune et noir, avec quintefleurs et fleurs de lys, dont la place dans la stratigraphie reste à déterminer.
Les investigations complémentaires effectuées lors de l'étude permettent d'affirmer que la voûte est entièrement couverte de peintures. L'état de conservation préoccupant des couches picturales mises au jour a conduit à des interventions d'urgence visant à les stabiliser en attendant une intervention complète, qui interviendra rapidement, selon un protocole décidé lors d'une visite de l'Inspection générale des Monuments historiques. Les travaux se concentreront sur l'absidiole sud dont le dégagement complet sera réalisé avant qu'un parti de restauration ne puisse être décidé. Une fois l'ensemble du décor connu, les historiens spécialistes devront analyser cet ensemble afin de le replacer dans le riche corpus des décors peints connus en Pays de la Loire et dans l'Ouest de la France. Il deviendra ainsi un jalon important dans l'histoire de la peinture monumentale en Vendée, où seuls quelques rares décors sont encore conservés, avec, au premier plan, celui de l'église du Vieux Pouzauges. Aucune intervention n'est en revanche prévue sur les peintures murales de l'abside et du chœur dont la conservation n'est pas menacée
Clémentine Mathurin, conservatrice des Monuments historiques, DRAC Pays de la Loire, et Erik Mikula, conservateur-restaurateur, codirigeant de l'atelier.
ARCOA
Visité en 2026.
77 B Rue du Général Leclerc 85350 L'Île-d'Yeu
Accès libre
Sources:
https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2014_num_172_4_10493
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