Au Ve siècle, Soissons est une cité importante, carrefour stratégique et commercial majeur entre les villes de Reims, Amiens, Rouen et Paris. Les premiers rois de Soissons, Clotaire Ier et Sigebert, souhaitent disposer d’un lieu de sépulture à proximité de leur capitale. Associer cette future nécropole au prestige de saint Médard va inévitablement faire de l’abbaye un sanctuaire fort fréquenté.
Entre les rares sources historiques et les récits légendaires, retracer la vie de saint Médard ne s’avère pas chose facile. Il serait né en 456 à Salency, près de Noyon, d’un père noble païen converti et d’une mère romaine.
Très jeune, il montre son attachement pour l’aumône, partage sa nourriture, ses vêtements, guérit les aveugles et les paralytiques…
En 530, il est nommé évêque du Vermandois puis devient le premier évêque connu de Noyon. La vie de Médard, émaillée de miracles et de prodiges à l’intention des nécessiteux, devient vite légendaire.
Cette abbaye est fondée en 557 par le roi des Francs Clotaire Ier, pour y recevoir les reliques de saint Médard. Les restes de saint Médard sont provisoirement abrités dans un mausolée en bois. Clotaire meurt avant le parachèvement des travaux, et c'est son fils Sigebert Ier qui inaugure l'église et la fait décorer. Les deux bâtisseurs mérovingiens sont inhumés dans cette église (in basilicam), en face du tombeau de Médard (ante tumulum).
En novembre 751 le dernier Mérovingien, Childéric III, est déposé dans l'abbaye par Pépin le Bref. Ce dernier se fait également sacrer roi des Francs, en l'abbaye Saint-Médard de Soissons, par les évêques de Gaule, devenant ainsi le premier roi de la dynastie des Carolingiens.
Sous les Carolingiens, l’abbaye joue un rôle déterminant dans les affaires du royaume. Elle est au début du IXe siècle l’un des domaines seigneuriaux les plus puissants de l’Empire et ses abbés sont considérés comme les premiers seigneurs de France. Le centre de son pouvoir se situe à Soissons où l’abbaye dispose d’une véritable cité monacale où vivent plus de quatre cents religieux ; elle comprend une basilique, un palais royal, un palais abbatial, plusieurs églises, chapelles, cloîtres, écoles, préaux, jardins et vignes. En dehors de la cité, dépendent de sa juridiction plusieurs autres abbayes, prieurés, prévôtés et deux cent vingt paroisses, villages, fermes et manoirs, fiefs comme la seigneurie de Vic-sur-Aisne. Sa puissance et son étendue sont bien supérieures aux maisons nobles de l’Empire. Aussi peut-on comprendre pourquoi aucune seigneurie laïque ne s’impose dans le pays du Soissonnais pendant le règne des Carolingiens.
L'abbaye Saint-Médard de Soissons déjà favorite de Charlemagne figure également comme une abbaye de premier rang pour Louis le Pieux et reçoit ses faveurs en recevant droit de battre monnaie et en n'étant assujettie à aucune contribution ni pécuniaire ni militaire, contrairement à ce qui était imposé aux autres abbayes de l'Empire.
L’« Évangéliaire de Saint-Médard », un manuscrit préparé dans les dernières années du règne de Charlemagne à l’école palatine d’Aix-la-Chapelle, provient du scriptorium du monastère. Par l'ampleur des moyens qui ont dû être mis en œuvre pour sa fabrication, par la démesure de sa composition (par exemple la taille des portraits des évangélistes) et par la qualité des coloris, c’est un des spécimens les plus représentatifs de l’enluminure carolingienne du début du IXe siècle.
L’abbaye Saint-Médard fut détruite par les Vikings et les Magyars, puis reconstruite au XIe siècle. Vers 1079, saint Arnould de Palmèle, évêque de Soissons, est invité par Thibaud Ier de Champagne, comte de Champagne, en son château de Vertus pour qu'il lui trouve des religieux de Saint-Médard afin de prendre en charge l'abbaye Saint-Sauveur de Vertus et l'abbaye Notre-Dame de Vertus qu'il projette d'établir. Ce projet vit le jour en 1081 avec le moine Sophrone pour premier abbé de Saint-Sauveur.
Les saccages successifs de l’abbaye, notamment en 1567, fragilisent l’église qui s’effondre d’elle-même en 1621 avant d’être reconstruite en 1630, L’abbaye est alors intégrée à la puissante congrégation de Saint-Maur en 1636, avant d'être rasée jusqu'à la crypte en 1793.
Suite à la création récente de l’association Abbaye royale Saint-Médard, un programme de recherche scientifique est lancé pour actualiser les connaissances de l’édifice. La numérisation de la crypte est en cours, elle permettra d’obtenir une cartographie précise, base de travail pour les chercheurs et archéologues.
À terme, un programme ambitieux doit permettre de faire de l’abbaye Saint-Médard un lieu de référence sur le haut Moyen Âge.
L'ancienne Abbaye Saint-Médard (institution de sourds muets) comprenant la crypte et la chapelle. Propriété de la commune, elle a été classée au monument historique et inscrite sur la liste du 14 février 1921, en référence également à la liste de 1875.
Visité en 2026.
3B Pl. Saint-Médard, 02200 Soissons
Accès payant, sur réservation
Sources:
https://www.grandsoissons.com/tourisme/abbaye-royale-de-saint-medard/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-M%C3%A9dard_de_Soissons
https://vpah-hauts-de-france.fr/ressources/la-crypte-de-labbaye-saint-medard-soissons/
https://www.saint-medard-soissons.fr/index.php/l-association
Abbaye Royale Saint-Médard de Soissons
1460 ans d’histoire
« un Pompéi Carolingien », Gérard de Nerval
Un trésor historique
Les ruines de l’Abbaye Royale de Saint-Médard sont remarquables par leurs origines Carolingiennes (de l’an 700 à l’an 1000). Les premières fondations remontent à la dynastie mérovingienne (de l’an 480 à 700), dynastie qui mit Soissons au cœur de son organisation politique en en faisant sa première capitale. Depuis sa création en 557 et pendant 500 ans, l’Abbaye Royale Saint-Médard de Soissons fut un des plus grand centre religieux du royaume Franc et de l’empire de Charlemagne. Les premiers rois francs puis empereurs carolingiens y séjournèrent, s’y firent couronnés, enterrés et parfois même s’y enfermèrent mutuellement lors de querelles de successions. Basilique et mausolée royale, l’église abbatiale et le palais impérial furent témoins des grands évènements politiques et religieux qui donneront naissance à ce qui est aujourd’hui la France. Ce lieu de mémoire est à l’origine de l’identité de notre pays.
Il reste d’importantes fondations de l’église abbatiale, une crypte royale et de nombreux vestiges architecturaux. Il est essentiel de sauver ces vestiges en les préservant des méfaits de la main de l’homme et de la nature.
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