L’abbaye Saint-Jean-des-Vignes

Fondée en 1076, par Hugues le Blanc, grand seigneur de la région, l’abbaye présente les vestiges les plus spectaculaires de la ville ! Au XIIIe siècle, un important chantier transforme l’abbaye romane en un vaste ensemble de style gothique dont subsistent aujourd’hui le cellier, le réfectoire, le cloître et les dépendances, mais aussi la façade avec ses flèches de plus de 75 mètres de haut !

 

Hugues le Blanc, seigneur de la région, s'était emparé de plusieurs églises, dont il profitait du revenu. Hugues suivit ensuite la voie que lui traça Thibault de Pierrefonds, évêque de Soissons : fonder un monastère en dehors de la ville, dédié à saint Jean dans la paroisse Saint-Jacques qui prit le nom de Saint-Jean-du-Mont. Hugues restitua cinq paroisses : Charly, Montlevon, Saint-Aignan, Le Grand Rozoi et Arthaise plus deux moulins, le Moulin Neuf et le moulin Tauxart sur l'Oise. L'évêque laissa à Hugues la gloire de la fondation. Tous deux demandèrent à Philippe Ier des lettres patentes pour la confirmer. Celui-ci le fit en 1076 en l'augmentant. Gui Ier de Châtillon († apr.1089) fit également confirmer par le roi la donation qu'il fit à cette abbaye la même année

Douze ans après, Hugues acheta trente arpents de vignes qu'il donna à l'abbaye en y ajoutant plusieurs héritages en vignes et terres dans la paroisse de Charly. Cette deuxième fondation fut confirmée par Henri, 53e évêque de Soissons, et par le fils d'Hugues. Le monastère prit à cette occasion le nom de Saint-Jean-des-Vignes.

Une communauté de chanoines johannistes (disciples de saint Jean) suivant la Règle de saint Augustin s'installèrent à l'abbaye.

Comme pour la plupart des grandes abbatiales et cathédrales, l'abbaye fait suite à plusieurs édifices : la chapelle Saint-Jean-du-Mont puis à une église romane, dont on pense avoir retrouvé une partie des fondations en 1951. Le lieu de culte lui-même est la conséquence logique de la présence d'un cimetière romain christianisé. Destinée à des disciples de saint Jean qui suivaient la règle de saint Augustin, elle devint la maison mère de l'ordre. Le nombre de chanoines fut fixé par le pape à 90. Y vivaient aussi une trentaine de frères convers et au début quelques sœurs couturières. Ces moines étaient médecins et soignaient par le mélange de toutes sortes de plantes des maladies comme les maux ou l'épilepsie. Ceci explique l'abondance de la décoration florale de l'abbaye, la plus vaste de Soissons qui en comptait sept.

Elle comportait de nombreux bâtiments. Le tout formait à son apogée vers 1520 un vaste ensemble entouré d'une enceinte et d'un fossé. Environ 150 moines en dépendaient ; ils employaient du personnel et exploitaient une trentaine de fermes. Le monastère devint un grand propriétaire foncier. Une quarantaine de paroisses appartenaient aussi à l'abbaye, et les chanoines exerçaient les fonctions de prieurs/curés. L'habit des pères était blanc et celui des frères convers noir et violet.

Les constructions que nous voyons actuellement furent entreprises à la fin du XIIIe siècle. On élève alors le cellier, les portails, le réfectoire, les cuisines, au XIVe, on achève la nef, les tours restant à monter.

Aux XIIIe et XIVe siècles, de nombreux dons affluèrent, apportés par les rois et les grands seigneurs, entre autres le cardinal Jean de Dormans, mais aussi par des personnes plus modestes qui léguèrent argent, terres ou maisons.

Trois donations attribuées aux johannistes servirent à l'instruction des novices. La première de Raoul de Presles à Paris qui donna des bourses perpétuelles, la seconde de Aubert de Bignicourt qui fonda le collège Sainte-Catherine de Soissons et en confia la direction aux moines de Saint-Jean. La troisième est de Jean de Dormans qui donna la direction de Dormans-Beauvais.

Survint la guerre de Cent Ans, les chantiers furent détournés de leurs attributions primitives et l'on se mit à construire des remparts (vers 1375). Dans l'enceinte s'installa en 1414 le quartier général de Charles VI et des Armagnacs assiégeant la ville qui fut investie et pillée.

La guerre terminée, on se mit à construire les tours qui furent terminées à l'issue de deux grandes périodes de travaux : de 1488 à 1495 pour la grande tour, et de 1516 à 1520 pour la petite. L'abbatiale avait été consacrée par Jean Milet, évêque de Soissons, en 1478 et dédiée à la Vierge, à saint Jean-Baptiste et à saint Jean l'évangéliste.

En 1544 l'abbaye dut prêter sa grande salle à Charles Quint pour qu'il vînt y préparer le traité de Crépy. Il y demeura avec sa suite du samedi 13 au mardi 16 septembre. Pour éviter une nouvelle invasion, Henri II décida de renforcer le système stratégique de Soissons. La colline Saint-Jean avec son abbaye, point stratégique, fut jugée trop dangereuse par les ingénieurs qui proposèrent de raser le monastère. Soissons protesta violemment et l'évêque Mathieu de Longuejoue, proche du roi, réussit à sauver l'abbaye et l'inclure dans l'enceinte de la ville. Le monastère dut donc amputer ses clos de vignes et réduire légèrement son territoire pour rentrer dans Soissons.

Jusqu'à cette époque les abbés étaient nommés par les religieux et appelés abbés réguliers. Il y en eut 31 qui exercèrent tous sauf un leur fonction avec dignité. À partir de 1566, les abbés furent de grands seigneurs imposés par le roi et nommés abbés commendataires. Ceux-ci pour la plupart vivaient à la cour ou ailleurs, et ne s'occupaient de l'abbaye que pour toucher les revenus. Toute l'autorité religieuse fut exercée par le prieur claustral qui devint le grand prieur.

En 1567, les huguenots commandés par le prince de Condé, frère de Charles de Bourbon, abbé de Saint-Jean, s'emparèrent de Soissons par surprise. Les moines pensèrent que leur abbé allait intervenir pour que leur abbaye soit épargnée, il n'en fut rien, et seule la fuite par un égout débouchant dans les remparts leur permit à tous, sauf un inconscient du danger, de s'échapper. Saint-Jean fut saccagée, l'église fut transformée en écurie, l'argenterie et les cloches fondues, la tuyauterie cassée et l'autel d'or renversé. Le clocher situé sur le toit du réfectoire fut détruit. Les archives disparurent en quasi-totalité. La fin de cette bataille fut suivie par l'estimation des dégâts qui s'élevaient à plus de 100 000 livres.

Après le sac des Huguenots en 1567, d’importants travaux sont menés ; L'abbaye demeure florissante jusqu’à la Révolution. Mais en 1790, les religieux sont chassés. Monseigneur de Bourdeilles est le dernier évêque de Soissons et le dernier abbé de Saint-Jean-des-Vignes. L’abbaye est transformée en manutention militaire.
L’église abbatiale dont les matériaux précieux avaient en partie déjà disparu, s’avère gênante et dangereuse pour ses nouveaux occupants. En 1805, l’évêque de Soissons reçoit l’autorisation d’affecter aux travaux de réparation de la cathédrale, le produit des matériaux de l’église abbatiale. Celle-ci est démantelée de 1805 à 1825. Les voix sont nombreuses, dont celle de Victor Hugo, à s’élever pour la sauvegarde de la façade. 
 L’armée transforme Saint-Jean-des-Vignes en manutention militaire. Une partie de l’abbaye est affectée aux logements des officiers ainsi qu’en boulangerie. L’arrière du site abbatial est affecté au service de l’artillerie. Un vaste arsenal et une poudrière sont construits pour compléter les équipements militaires. Ces réaménagements conduisent à la disparition de deux ailes du cloître dans les années 1830.

Cette abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1875 (pour les clochers et les cloîtres) préfigurant d'autres actes de protection par la suite : classements en 1913 (vestiges des bâtiments de l'abbaye) et 1947 (logis des hôtes et terrains), inscription en 1947 (mur d'enceinte, château d'eau, logis de l'abbé). Avec le départ des militaires en 1970, la Ville fait peu à peu de l’abbaye un pôle culturel majeur. L’arsenal, construit au milieu du XIXe siècle, constitue désormais une salle d’exposition temporaire du musée. Le logis de l’abbé accueille les services Ville d’Art et d’Histoire, les greniers les archéologues du Centre d’études des peintures murales romaines et les anciennes infirmeries le centre d’archéologie, base de l’Institut national pour la recherche archéologique préventive.

Visité en 2026.

 

Place de l'abbé Breuil, Bd Jeanne d'Arc, 02200 Soissons

Accès libre

 

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Jean-des-Vignes

https://www.grandsoissons.com/tourisme/abbaye-st-jean-des-vignes/

https://www.grandsoissons.com/tourisme/abbaye-st-jean-des-vignes/histoire-de-labbaye-saint-jean-des-vignes-en-un-clin-doeil/

Logis de l'abbé commendataire.

Le cellier

Le réfectoire

Cloître gothique

Vestiges du cloître Renaissance

Réfectoire, cuisine, pignon sud et tour sud de l'abbatiale

Arsenal et "vestiges militaires"

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