Sur la carte marine de 1883, l'endroit s'appelle Huîtrière de Garot. Son histoire est une énigme.
En mai 1875, François Vanier, un servanais, demande au ministre de la Marine l'autorisation de créer un établissement ostréicole : « Le but que je propose est d'utiliser le réservoir clos, par des digues insubmersibles, situé au Mont Garot pour l'élevage de jeunes huîtres ». Des travaux sont entrepris, mais devant l'échec de l'entreprise, le site est abandonné vers 1900.
En 1970, De Langlois, un historien, émet l'hypothèse d'un campement. Et en 1991, l'universitaire Loïc Langouet publie une étude documentée et le présumé camp viking devient une certitude. Malheureusement, il n'existe aucune preuve matérielle, malgré les campagnes de fouilles engagées depuis 2008.
L’hypothèse d’une présence des hommes du Nord, sur la Rance, ne part cependant pas d’une quelconque élucubration. Du VIIIe au Xe siècles, les Vikings ont fait de nombreuses incursions en terres bretonnes et y ont établi des camps.
Pourquoi un scientifique comme Loïc Langouët a-t-il envisagé une présence viking dans cette enceinte de deux hectares ? « Son étude s’appuie en partie sur des recherches toponymiques. Une chanson de geste, du XIIe siècle – soit 200 ans après la présumée implantation danoise – Le roman d’Aquin, évoque des combats de guerriers bretons, normands et francs sur des sites voisins, en région malouine », explique Jean-Pierre Briand. Parmi ceux-ci, Gardoyne ou Gardayne, cité normande (« légendaire », selon Catherine Bizien) dont le nom peut évoquer le gué de Rigourdaine, à Saint-Suliac.
Jean-Pierre Briand, président de Patrimoine de Saint-Suliac se passionne pour le lieu et déclare : « Il faudra bien se résoudre à renoncer à élucider ce mystère de vase et de pierres, ou au contraire, chercher à lui affecter des moyens de recherche plus importants : Site Normand, Ceinture médiévale comme l'écrit prudemment la carte IGN, fortification ou campement romain situé à proximité d'une villa, construction encore plus ancienne ou tout simplement huîtrière... Le camp viking n'a pas fini de nous faire rêver. »
"Ma conviction est… qu'on ne sait pas ce que c'est"
Catherine Bizien, directrice du centre régional archéologique d'Alet, à Saint-Malo, est également dubitative quant au prétendu caractère viking du quadrilatère de l'anse de Vigneux.
"L'hypothèse d'une enceinte médiévale est très faible. Jean-René Donguy a mis en évidence que la structure est construite à partir de vase parementée de pierres, le parement étant en biais comme pour une digue."
Mais la scientifique reste prudente : "Ma conviction est que l'on ne sait pas ce que c'est. Je ne peux même pas dire si ce lieu n'a jamais été qu'une huîtrerie de la fin du XIXe. La structure semble tout de même étrange pour ce type d'activité."
Pratiquer de nouvelles fouilles
Comment sait-on que des ossements et objets métalliques ont été retrouvés lors de l'aménagement de l'huîtrerie de Garrot, à la fin du XIXe siècle ? L'indice est ténu : "Cela apparaît dans une note de deux ou trois lignes de la société d'archéologie de Saint-Malo dont les membres s'étaient rendus sur place. À l'époque, les inventeurs avaient le droit de conserver leurs découvertes. C'est probablement pour cela que l'on n'en trouve plus traces", précise Catherine Bizien.
Pour Jean-Pierre Briand, ces trouvailles, même sans rapport avec les Vikings, sont plausibles. "Ce secteur est fréquenté par les humains depuis le paléolithique." Le Suliaçais estime que d'autres fouilles sont nécessaires pour en avoir le cœur net.
"Ce site fait rêver car il est très beau. Mais, il faut développer une problématique solide pour être autorisé à procéder à des fouilles supplémentaires, par ailleurs très coûteuses. Répondre à des interrogations locales ne suffirait pas. Ce qui se trouve éventuellement dans la vase est protégé, l'urgence ne s'impose donc pas", considère Catherine Bizien.
Vu en 2026.
35430 SAINT SULIAC
Situé dans l'anse de Vigneux, domaine public maritime, visible depuis le Mont Garrot.
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