Les cryptes de Jouarre

Le nom de la localité est attesté sous les formes S. Mariae Joderensis en 839, Jorra en 1219, Juere en 1260, en 1310 et 1424,   Joarre et Juerre au XVIe siècle, Domus Dei de Jotro, Jouerre-en-Brie, Jouarre-Balleau et Courcelles.
Au cours de la Révolution française, la commune porte le nom de Jouarre-la-Montagne.

L'occupation romaine du site a peut-être mené l’aménagement d’un oppidum, faisant suite à un bourg fortifié gaulois. Permettant d'accréditer cette explication, la racine toponymique de Jouarre renvoie au gallo-romain divodurum : ce toponyme est issu du gaulois devo, « dieu» et en seconde position duro, en latin durum, qui signifie « forteresse ». Duro est précédé d’un -ó- de liaison accentué qui a plus ou moins abouti à des terminaisons en -erre ou –eurre dans le Nord de la France, qui signifie : la « divine forteresse » ou la « forteresse sacrée ». Jouarre tirerait son nom d'un temple de Jupiter, bâti jadis sur ses hauteurs.

Cependant, l’essor jotrancien est à rechercher dans la première moitié du VIIe siècle, lorsque saint Adon fonde à cet endroit une abbaye, encore en activité à l’heure actuelle. Les invasions normandes du IXe siècle, les dégradations de la guerre de Cent Ans au XVe siècle, la Révolution française, autant d’événements majeurs qui ont touché cette commune. Mais le patrimoine local est resté intact, et si chaque époque a laissé sa trace, c’est pour mieux révéler ce qui avait été fait antérieurement… Ainsi Jouarre reste l’une des rares communes de la région à conserver autant de vestiges des temps révolus. Joyau du patrimoine et de l’art mérovingien, les cryptes de Jouarre demeurent un ensemble unique en Europe de par leur conservation et de par leur âge.

Au temps du roi Dagobert Ier, une grande école du palais réunissait à la cour les fils des plus hauts dignitaires du royaume où il leur était donné une grande culture et une initiation à l’administration royale. C’est ainsi que le roi Dagobert choisissait ses ministres et ses évêques. Authaire, un haut fonctionnaire du palais, y fit instruire ses trois fils, Adon, Dadon et Radon. Originaires de la région, et plus particulièrement d’Ussy-sur-Marne, Authaire reçut chez lui, l'hiver 610-611, la visite du moine irlandais Colomban. Après avoir acquis un haut niveau de culture, Adon, Dadon et Radon assurèrent de grandes fonctions au service du roi Clotaire II, puis de Dagobert Ier. Dadon fut chancelier du royaume puis nommé évêque de Rouen, Radon, fut trésorier de Dagobert Ier et Adon référendaire.

Adon quitta assez rapidement la cour du roi pour fonder un monastère sur le site de Jouarre et dota ce dernier de son patrimoine exceptionnel. Des membres de la famille d’Authaire, tels qu'Agilbert et Ebrégisile rejoignirent Adon à Jouarre, puis ce fut au tour de Mode, sa sœur Balde et leurs nièces Telchilde et Aguilberte pour former une communauté de femmes. C’est ainsi que l’abbaye de Jouarre devint un temps un monastère double, où hommes et femmes mènent une vie monastique, en même lieu, en des bâtiments séparés. Techilde en fut la première abbesse. Ainsi, la crypte Saint Paul de Jouarre abrite les tombeaux des fondateurs.

Les cryptes de Jouarre ont subi plusieurs campagnes de travaux depuis le XVIIe siècle. Jusqu’au XIe siècle, il y avait vraisemblablement un plafond de bois qui reposait sur tous les chapiteaux, dans les deux cryptes. Au XVIIe siècle, les tombeaux sont vidés, pour placer les restes des corps dans des reliquaires et des châsses et on perce des ouvertures pour que les cryptes ne soient plus dans l’obscurité totale.

Les cryptes renferment les tombeaux de la famille fondatrice de l’abbaye.

La crypte Saint-Paul : ses chapiteaux du VIIe siècle sont faits de marbre des Pyrénées. Les fûts sont des réemplois gallo-romains du IVe siècle.- Le mur occidental de la crypte est un mur dit « réticulé » car les pierres forment un dessin de filet, à la fois par leur disposition, mais aussi par leur taille.- Le sarcophage de saint Agilbert qui fut évêque de Dorchester puis de Paris. Il fonda également la première communauté d’hommes de l’abbaye. Le côté du sarcophage présente un magnifique bas-relief. À la tête de ce tombeau, un bas relief, représente le Christ tétramorphe, dans une mandorle, symbolisant les quatre évangélistes.- Le tombeau de saint Adon.- Les tombeaux de sainte Osanne, sainte Balde, sainte Mode, sainte Telchilde.- Le tombeau de sainte Aguilberte, avec des parements d'inspiration coptes sur le dessus et des svastikas, retrouvées dans les temples hindous.

Tombeau d'Adon

Tombeau d'Osanne, princesse irlandaise, moniale à Jouarre, qui vivait au VIIe siècle

Tombeau de Theodechilde, première abbesse de Jouarre

Tombeau d'Agilberte, deuxième abbesse de Jouarre. semble caractéristique de l'art copte ou, en tout cas, de l'Orient méditerranéen

Tombeau d'Agilbert, évêque de Dorchester puis de Paris, frère de Theodechilde

Tombeau d'Ebrégésile, évêque de Meaux, frère d'Agilberte.

La crypte Saint-Ebrégésile, d'origine carolingienne et utilisée comme chapelle jusqu'au début du XXe siècle abrite le sarcophage de saint Ebrégésile, évêque de Meaux au VIIe siècle, frère de sainte Aguilberte.À l’extérieur des cryptes, les vestiges de la basilique funéraire qui fut entièrement détruite lors de la guerre de Cent Ans peuvent être aperçus. L’accumulation des sols au fil des siècles, explique qu’il faille descendre une douzaine de marches avant d’accéder au mausolée.

Les premières fouilles archéologiques des cryptes datent du début des années 1840. Le déplacement du cimetière se trouvant à proximité immédiate des cryptes permet à l'abbé Thiercelin de réaliser en 1869-1870 une étude d'ensemble des cryptes et des vestiges de l'église Saint-Paul.

Les travaux d'assainissement des cryptes conduits en 1951 permettent à sœur Telchilde de Montessus de décrire précisément l'ordonnancement architectural des cryptes. De 1985 à 1989, Gilbert-Robert Delahaye complète les données concernant les secteurs sud et ouest de la crypte Saint-Paul, ainsi que la crypte Saint-Ébrégisile. En 2005, une opération de fouille préventive, préalable à un aménagement de la place Saint-Paul se déroule devant les cryptes, permettant une réinterprétation partielle des données antérieures. Les résultats, obtenus avec des techniques plus précises que celles disponibles au XIXe siècle, montrent que les observations de 1869-1870 sont en partie sujettes à caution ; elles sont cependant les seules à proposer pour l'ancienne église Saint-Paul un plan dont rien désormais ne permet de vérifier l'exactitude.

L'ensemble est classé au titre des monuments historiques par la première liste de 1840.

 

6 Rue de Montmorin, 77640 Jouarre

Accès payant

 

Sources:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jouarre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cryptes_de_Jouarre

L'appareil réticulé carolingien

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