Le culte des ancêtres à Lavau

Entre le sud Marnais et le nord de la Côte-d’Or, on compte quelque 5000 structures funéraires qui se concentrent majoritairement dans les vallées de la Seine et de l’Aube, selon les fouilles archéologiques, la photographie aérienne et les ressources de l’IGN. Une densité énorme. Beaucoup ont été reconnues par la photographie aérienne mais n’ont pas été fouillées à ce jour. D’autres ont été anéanties avant la création de l’archéologie préventive comme un grand monument – un tumulus de 40 m de diamètre – localisé entre Vanne et Sainte-Maure.

C’est sur photographie aérienne qu’à la fin des années soixante, Jean Bienaimé a fait sanctuariser le site du Moutot (ou « petit mont »), à Lavau .

Le tumulus de Lavau. Situé sur les coteaux qui dominent la vallée de la Seine, le tumulus princier occupe un site funéraire plus large né au XIIe siècle avant notre ère (Âge du Bronze) et encore utilisé à l’Antiquité. Posé sur le socle de craie, le tumulus lui-même était constitué de terre végétale prise aux terres « agricoles » sur à 3 ou 4 hectares aux alentours, souligne l’archéologue. Situé dans un paysage marqué, la position dominante du tumulus du prince de Lavau fait un monument visible de très loin.  Ce qui montrerait une parenté entre ces structures funéraires sur le mode d'un hérôon.

Fouillée sur 2 ha par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) en 2014-2015, en prévision de l’extension d’une zone d’aménagement concerté, la nécropole du Moutot à Lavau est établie dans la vallée de la Seine, en périphérie nord-est de Troyes (Aube). Documentée plus largement par plusieurs autres fouilles et diagnostics menés depuis le début des années 1990, elle s’étend sur près de 8 ha et constitue aujourd’hui un des ensembles funéraires protohistoriques les mieux explorés du département. Sa longue durée d’utilisation permet en outre l’étude de diverses architectures monumentales, pour lesquelles la conservation partielle de certaines élévations constitue un fait rarement observé en Champagne.

Fondée à la fin de l’âge du Bronze, vers le XIIe s. av. J.-C. (Hallstatt A1), elle est initiée par l’installation d’un monument associant une palissade rectangulaire à un tumulus en terre – partiellement conservé en élévation –, abritant une tombe à crémation et les restes d’un bûcher funéraire. En-dehors du monument, l’organisation linéaire des onze autres crémations découvertes permet de restituer la présence d’un chemin orienté sud-ouest – nord-est, perpendiculaire à la vallée de la Seine et fréquenté jusqu’au XIe s. (Hallstatt A2).

Abandonnée au Xe s (Hallstatt B1) et peut-être seulement fréquentée au IXe s (Hallstatt B2/3), la nécropole est réoccupée dans le courant du VIIe s (Hallstatt C2) avec l’implantation de quatre petits monuments – deux à fossé d’enclos circulaires ouverts, deux à architecture en poteaux plantés – associés à des crémations ou, dans un cas, à une probable inhumation. Cet ensemble est organisé autour d’un cinquième tertre funéraire construit simplement en terre et qui abritait l’inhumation d’un homme porteur d’une longue épée en fer. Une analyse paléogénétique permet de relier cet homme à sa fille, dont l’inhumation proche a été réduite et déplacée plus tard dans l’âge du Fer. L’image d’une nécropole familiale transparaît ainsi, initiée par l’installation de la sépulture masculine autour de laquelle se sont rassemblés – a minima – certains de ses proches et descendants.

À partir de cet ensemble groupé de petits édifices, la nécropole connaît ensuite sa pleine extension spatiale à la fin du VIIe et dans la première moitié du VIe s. (Hallstatt D1). Cette nouvelle phase d’occupation est marquée par de plus grands monuments fossoyés, circulaires et ouverts, dont un exemplaire conservait une partie de l’élévation du tumulus central construit en terre et « mottes de gazon » avec un talus en craie, externe au fossé. Sous ce tumulus, la découverte d’un potentiel fragment de frette de moyeu de roue associé aux restes d’une inhumation suggère la présence possible d’une tombe à char antérieure à celles connues actuellement en Champagne. La fin du premier âge du Fer est marquée par au moins un autre monument palissadé en bois, de plan carré, installé sur le tumulus fondateur de la nécropole et abritant une inhumation.

C’est autour de ce nouvel édifice en bois, environné de plusieurs monuments tumulaires fossilisés, que sera édifié, vers le milieu du Ve s. (La Tène A1), un vaste complexe funéraire fossoyé dédié à la sépulture et la mémoire d’un homme de très haut statut. Ses dimensions comme son organisation bipartite en font un ensemble hors normes, qui prend en considération le statut du défunt et son inscription monumentale dans une continuité dynastique, affirmée par la mise en valeur de plusieurs monuments du premier âge du Fer. Dans un espace dédié aux « ancêtres », un énième grand monument en terre, limité par une palissade circulaire, accueille le dépôt des ossements déplacés de la fille du porteur d’épée, placé en position centrale. Ce choix architectural – et symbolique ? – semble tout à la fois suggérer la présence d’un « ancêtre » illustre et participer à la construction symétrique du complexe funéraire princier. Ce potentiel aménagement connexe participerait à la mise en scène d’une forme de revendication lignagère.

Visité en 2026.

 

Musée d’Art moderne. Collections nationales Pierre et Denise Lévy
14 Place Saint-Pierre - 10000 Troyes

Accès payant

 

Sources:

https://www.lest-eclair.fr/id580123/article/2024-03-17/lavau-un-prince-qui-na-pas-fini-de-nous-surprendre

https://journals.openedition.org/archeopages/13666

https://fr.wikipedia.org/wiki/Complexe_fun%C3%A9raire_du_Moutot_%C3%A0_Lavau

https://gallia.cnrs.fr/publications/supplements/lavau-1/

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