Le cairn du Château d'Angers

Les indices d’un cairn découverts en 1997 dans l’enceinte du fameux Château d’Angers ont été évalués en 2002 par l’Inrap, avant d’être difficilement fouillés l’année suivante, en parallèle de la mise en valeur des vestiges médiévaux de la forteresse.

 Bien que passablement arasée, enterrée et mitée par l’occupation plurimillénaire du site désormais touristique, l’exceptionnelle structure funéraire qui a bien été reconnue s’est aussi, inopinément, révélée d’un intérêt tout autant architectonique que technologique.

 S’il est clair enfin que les bâtisseurs néolithiques d’Angers ont su développer localement un art de la construction monumentale à sec, avec l’ardoise proximale, le type architectural de la tombe pose problème en relevant plus du modèle atlantique que continental. Sauf à considérer que l’implantation de l’édifice en bordure de Maine, vraisemblable axe de circulation de haches polies en jade entre les Alpes et l’Océan, témoigne d’un autre courant d’influences… de constructeurs itinérants, illustré par les pendeloques en pierre pareillement verdâtre du tardif viatique retrouvé dans la plus riche chambre sépulcrale. Cet hypothétique métissage techno-culturel est-il l’œuvre d’un peuple sud-armoricain, non seulement avide de tels objets lithiques autrement plus prestigieux, mais également rompu au mégalithisme à pierres sèches que l’on sait, depuis sa « révolution granitière » au Ve millénaire (tumulus carnacéens, cairns du golfe morbihannais) ? Autant de champs de recherches qui montrent l’intérêt de pousser plus avant les études architecturales de ces monuments.

Le cairn du Château appartient à la famille des dolmens à couloir à chambres multiples, proche du monument morbihannais de Colpo. Si l’édification du mégalithe remonte très vraisemblablement au Néolithique moyen II, deux des chambres et une partie du couloir ont fait l’objet d’une réutilisation et d’un réaménagement au Néolithique final (par le groupe de Brécé-Quessoy). Après son abandon, le cairn sera en grande partie arasé (carrière ?) puis recoupé par une voie datant du début de la conquête. À proximité immédiate de ce premier monument, un tertre est construit sur une partie des éboulis du cairn. Ce deuxième mégalithe, détruit par des structures de la fin de l’Âge du fer et de l’époque médiévale, a permis l’observation dans sa partie centrale d’un aménagement sous la forme d’une plate-forme constituée de barrettes de schiste particulièrement bien agencées. Cette dernière à la fouille nous a livré un petit dépôt constitué de deux lames de hache qui pouvaient accompagner à l’origine un ou plusieurs défunts (dans l’hypothèse d’un tertre à vocation funéraire). Enfin, sous la masse de pierres et de terre qui constitue les deux monuments, les lambeaux d’un paléosol ont pu être fouillés. Les quelques éléments mobiliers découverts dans cette couche archéologique ne nous permettent pas de statuer sur l’origine et la fonction du site : habitat antérieur aux mégalithes ?, contemporain de la construction du cairn ?

Enfin, sur le plan de l’histoire des techniques, l’extraction, la taille et la fente nécessaires au façonnage de certaines grandes plaques de cette construction en pierre sèche témoignent de méthodes d’exploitation ardoisière parfaitement maîtrisées dans le cadre jusqu’alors ignoré de l’architecture funéraire angevine. À l’heure « le bassin d’Angers est ainsi le cœur productif de l’ardoise dans l’Ouest de la France » (Heulot, 1998, p. 3), et où l’histoire des techniques est à l’ordre du jour, il n’est pas inintéressant de montrer que les ardoisiers d’aujourd’hui n’ont sans doute fait que perpétuer un savoir-faire notamment hérité des constructeurs des mégalithes du IVmillénaire av. J.-C.

Visité en 2026.

 

2 Promenade du Bout du Monde, 49100 Angers

Accès payant (avec la visite du château et de la galerie de l'Apocalypse)

 

Sources:

https://sstinrap.hypotheses.org/13120

https://www.researchgate.net/publication/259926225_Le_cairn_du_Chateau_a_Angers_Maine-et-Loire

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